Entretien avec Stephen Droque

En regardant une interview d'Anthony Seddiki, parlant de la création de groupes imprimant des visières en 3D, Stephen Droque veut contribuer. Il possède une imprimante 3D chez lui, le projet l'intéresse. Il constate qu'aucun groupe Facebook n'existe en Rhône Alpes, il entreprend alors de le créer.

Dès le premier jour de la création, le groupe est monté en puissance de manière exponentielle. Beaucoup de particuliers de la région possédant une imprimante 3D le rejoigne. Dans le milieu médical, la diffusion de l'existence de ce groupe se fait par le bouche à oreille. La demande augmente très rapidement.
L'équipe est constituée de 4 personnes (administrateurs) ayant chacune des rôles différents. La progression de la demande et l'augmentation de la taille du groupe étant rapides, les administrateurs sont mis sous tension.
Ils font le pari de la responsabilisation et de l'autonomie des acteurs. Cela se traduit par la constitution d'une plateforme permettant de mettre en lien direct l'imprimeur et le demandeur.

Durant le développement du projet, le groupe d'administrateurs a du trouver des réponses innovantes aux enjeux suivants:

  1. Enjeu de structuration: comment structurer l'action de centaines de maker ?
    Des solutions logistiques sont trouvées dans les outils internet gratuit: Google Sheet.
  2. Enjeu technique: comment produire le bon produit pour le bon besoin ?
    Un service de R&D distribué se crée afin de concevoir des produits adaptés. Les versions d'amélioration s'enchaînent chaque jour.
  3. Enjeu financier: comment se financer la matière première?
    Une cagnotte est mise en place. Mais elle n'est pas suffisante car des communes ou d'autres organisations souhaitent contribuer. Un problème se pose: le groupe Facebook n'a pas de structure juridique. Le dépot de statut d'association serait bien trop long au vu de l'urgence. Le groupe s'est naturellement mis en lien avec une association d'aide à la personne sur laquelle il s'appuie pour s'approvisionner en matière.

Afin de mener à bien la production, il a fallu faire appel à différentes compétences, comme des compétences:

  • Techniques: afin de réaliser/modifier/améliorer les modèles de visières.
  • des professionnels de la santé: Ils ont fait remonter la réalité du terrain ce qui a permis d'adapter les modèles de visières proposés.
  • de laborantins: Cela a permis au groupe (dont les participants ne sont pas du milieu médical) de comprendre la vie du virus, de mettre en place des protocoles de désinfection. Et ainsi de gagner en légitimité.
  • support: Collecter de l'information, communiquer (pour ramener maker et demandeur)

La mise en place de cette production distribuée etait un vrai défi auquel le groupe a su répondre avec succès. D'après Stephen, les facteurs de cette réussite sont de:

  • favoriser l'autonomie en cadrant le comment et le pourquoi
  • développer des relations de confiance avec les différents acteurs
  • diminuer les intermédiaires décisionnaires pour gagner en réactivité

Cela a permis de mobiliser l'intelligence collective de manière très impressionnante. Les différents participants donnent énormément de leur temps sur ce projet pour le mener à bien.

Aujourd'hui, la question de l'avenir du groupe se pose. Celui- ci pourrait s'arréter avec le COVID. Mais Stephen souhaiterait que le groupe garde sa capacité et son réseau pour continuer à oeuvrer dans le domaine de l'aide à la personne.